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mercredi, 18 septembre 2013 00:00

Gisèle Nogueira

Sabre en main, Gisèle Nogueira sculpte le tissu de soie.

Messieurs, ne pensez pas qu'une femme avec un sabre à la main est dangereuse. Gisèle Nogueira est très loin de cette dangerosité.

Pour aller à sa rencontre, c'est assez simple, depuis les environs de Lyon, il suffit de traverser le Rhône en direction de Turpin-Semons et d'aller là-haut sur la colline, mais pas pour y siffler comme le chantait Joe Dassin. Après quelques virages vous êtes arrivé.

Combien de femmes aujourd'hui connaissent la technique du velours au sabre ou en ont entendu parler ? Très peu vraisemblablement. Cette technique est employée en haute couture et en décoration d'ameublement.

La haute couture c'est essentiellement un nom, celui du créateur ; Yves Saint-Laurent, Christian Dior, Pierre Cardin, Jean-Paul Gaultier, etc. A la suite du défilé, c'est lui que l'on applaudit. Les mannequins aussi ont leurs heures de gloire. Est-ce que l'on applaudit à travers lui et elles, ceux et celles qui ont travaillé dans l'ombre ? Dans les ateliers de véritables artistes travaillent sans reconnaissance. Celles qui portent fièrement les créations de ces couturiers, ne peuvent estimer le temps qui aura été nécessaire à chacune des petites mains, pour parvenir à ce magnifique résultat. Elles ignorent la passion qui les anime, s'en inquiètent peu, c'est dommage. Le savoir-faire n'est pas uniquement l'apanage du couturier.

Un des Meilleurs Ouvriers de France.

Gisèle Nogueira est l'une de ces artistes. Pas n'importe laquelle, en 2007, elle obtient le prestigieux et très convoité titre « Un des Meilleurs Ouvriers de France », option filière textile, mention velours au sabre. Obtenir ce titre est difficile, et lorsqu'il s'agit de la réussite de quatre personnes, c'est plus compliqué : « Nous étions quatre, il y avait le tisseur, l'imprimeur, la graphiste et moi. Nous étions tous jugés, si l'un de nous échouait, tout le monde échouait, il fallait que ce soit une réussite à 100% ». Pour une autre pièce, elle devait effectuer un travail individuel : « Il a fallu trouver une harmonie, un équilibre entre l'épaisseur et la finesse du tissu ». Cette pièce unique, elle ne l'a possède plus : « elle a disparu un jour ! » Une pièce de grande valeur sentimentale, qui fait un heureux ou une heureuse par un acte bas et vil.

La technique du velours au sabre demande, doigté, finesse et un sens artistique aussi aiguisé que la lame du sabre. Son métier, on devrait dire sa vocation, est originaire de Saint-Etienne (42), dans le Massif central. Dans les années 1830, Charles Rebour, un réputé soyeux de la région, met en pratique cette technique. Ce travail sera destiné à la confection de robes pour les élégantes de la bourgeoisie stéphanoise. Il fera également les beaux jours de la Maison Staron, puis d'Hermès.

Le parcours professionnel de Gisèle Nogueira débute à 19 ans, dans une des disciplines de la couture ; la retouche et l'habillement. A 21 ans, elle entre dans une filiale du groupe Hermès et suit une formation de velours au sabre pendant trois ans. Sur dix candidates, elles ne sont que deux à poursuivre : « C'est un métier ; prenant, fatigant, que l'on ne fait pas sans l'aimer ». Réalisant des commandes pour de grands couturiers, la qualité de son travail est reconnue. C'est en qualité d'ambassadrice du groupe, dirons-nous, qu'elle effectue de nombreuses démonstrations en France, dans des magasins de luxe, ainsi qu'aux Etats-Unis, en 2002.

Un sabre au fil de rasoir.

Ses outils, un « sabre », nom donné à un tranchet d'une vingtaine de centimètres de long, à lame fine, une pierre à aiguiser et un cuir, identique à celui que l'on trouvait chez les coiffeurs, pour adoucir la lame. Une brosse en poils de sanglier complète cet ensemble. Ce métier se perd, elle essaie de le faire revivre : « C'est un travail lent, minutieux. Pour réaliser un ruban de 10 cm x 140 cm, il faut environ huit heures de travail ». Comme tout artisan digne de ce nom, elle développe sa propre technique qu'il ne nous appartient pas de dévoiler. Tout en poursuivant sa présentation, Gisèle Nogueira explique : « je travaille sur satin de soie double chaîne ». La trame est le tissage transversal d'un tissu et la chaîne la partie longitudinale. En double chaine, le tissage est superposé et c'est la partie supérieure qui est concernée par cette technique. Sa réussite reste toutefois un travail collectif. Elle doit avoir un regard exigeant dans le choix de ses partenaires et sur la qualité de leur travail : « si un de ces artisans, ne fournit pas un travail de qualité, ce n'est pas la peine que je commence, le résultat ne sera pas à la hauteur de ce que je veux ».

On peut travailler sur des fibres tissées en couleur ou sur de l'uni. Les dessins sont reproduits sur le tissu à l'aide d'un papier carbone blanc qui laisse une trace. A l'aide du sabre, les fibres supérieures du tissu sont soulevées et coupées millimètre par millimètre, sans endommager les fibres du dessous. Ce travail achevé, il reste à relever les fibres à l'aide d'une brosse en poils de sanglier. L'œuvre apparaît, dans sa splendeur. En couleur c'est superbe. Pour l'uni on constate qu'il est aussi une couleur, la lumière donnant au tissu des reflets moirés du bel effet. Le velours au sabre est utilisé en haute couture et pour les tissus d'ameublement. Deux activités pour lesquelles la spécialiste rêve de travailler un jour, avec une préférence pour la haute couture.

Préserver un patrimoine français.

Le 5 Janvier 2009, l'entreprise est créée dans la retouche du vêtement. Gisèle répond à des commandes de velours au sabre. Dans le milieu tout le monde se connaît. Seulement permettre à une ex petite main de se lancer, relève du parcours du combattant, lorsque l'on veut préserver un patrimoine bien français et que l'on est artisan. L'entreprise artisanale, dans sa généralité, n'est pas une simple affaire. Elle est très souvent flattée, en hauts lieux, par de belles paroles, quant à la véritable reconnaissance, le chemin est encore long. En France, les «sabreuses », c'est ainsi qu'elles se nomment, ne sont que cinq semble-t-il. Lyon est la ville de la soie par excellence. On pourrait penser que se fournir dans cette matière est simple. C'est en fait un obstacle important pour Gisèle : « en général les tisseurs me proposent trois cents mètres de tissu dans un seul coloris ! Je n'ai pas besoin d'une telle quantité ». Serait-ce si difficile, pour les tisseurs, de réaliser quelques mètres supplémentaires qui seraient réservés à cet artisanat ? Ces derniers ont un rôle à jouer dans la pérennité de cette activité. Ils doivent contribuer à ce que ce patrimoine reste vivant.

Gisèle réussie à trouver quelques mètres du précieux tissu à l'occasion d'une rencontre imprévue. Ce sera un dépannage. Passionnée par son métier, elle est toujours à la recherche d'un tisseur disposé à lui fournir des quantités adaptées à ses besoins et dans la qualité désirée : « je voudrais de la soie française. La technique du velours au sabre est française. C'est un patrimoine qui doit rester vivant. Je ne souhaite pas devoir me fournir ailleurs. Ce serait désolant, non ? ».
René Giroud, qui tient une entreprise à Tarare, croit en elle : « Pour moi, sa voie est toute tracée et je pense que bientôt elle pourrait être labellisée entreprise du patrimoine vivant, métier rare ».

Pour conclure Gisèle se souvient : « Petite fille je voulais être chirurgien. Aujourd'hui je soigne l'apparence, je sculpte le tissu ».
Vous le sculptez fort bien et vous contribuez, face à une difficulté incompréhensible, qui n'est pas de votre fait, à la sauvegarde d'un patrimoine.
Site Gisèle Nogueira

Galerie photos en bas de page

Texte et Photos © Christian Pujol (31.12.2011)

Informations supplémentaires

  • Latitude: 45.486643430649984
  • Longitude: 4.7766923904418945
  • Adresse: Tupin-et-Semons, France
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