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samedi, 05 octobre 2013 00:00

Passion pour la vie, passion pour le bois.

« Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer », cette phrase d'Alphonse de Lamartine tirée de « Milly ou la terre natale » me trotte souvent dans la tête.

Elle convient parfaitement au travail de François Journé. Menuisier, ébéniste, sculpteur, il est avant tout un artiste qui s'attache à redonner une âme à ces objets inanimés, et à nous, la force de les aimer.

« J'ai une passion pour la vie, pour le bois, mais une douce folie pour redonner une âme à des chutes de bois, des meubles ou autres objets, le plus souvent abandonnés dans un coin de grenier ou de cave, avant de terminer un jour dans une cheminée ».

Avec ces quelques mots, François Journé nous fait comprendre que ce bois que l'on croit mort, est bien vivant. Il suffit de lui insuffler un peu de soit pour le ramener à la vie.

Un père menuisier, François s'initie au métier dès l'âge de 14 ans et débute son apprentissage dans les métiers du bois en 1979 et obtient un CAP de menuisier au bout de trois ans. Suite logique en principe, en 1982 il ajoute à sa carte de visite un CAP d'ébéniste en 1982 et en 1983 celui de sculpteur sur bois.

Après une interruption de deux années, pour un engagement dans l'armée, il entre dans la vie professionnelle en 1986, comme travailleur indépendant, marquant ainsi très rapidement une volonté d'indépendance et de mettre à profit ses jeunes compétences. Un grave accident de la route, l'empêchera de poursuivre son activité durant six mois. Il retrouvera du travail chez deux employeurs, pendant deux ans, avant une reprise partielle de son activité de travailleur indépendant.

Pour parfaire sa formation, il intègre en 1993, à Montbard en Bourgogne, une entreprise compagnonnique en société coopérative (SCOP). Elle est gérée par des Compagnons du Devoir adhérents, et suivie par la Fédération des Compagnons. Les Compagnons du Devoir ont pour vocation la formation des apprentis et des futurs maîtres Artisans. Associé salarié, François est autonome et gère ses chantiers : « je devais m'occuper de tout; les dessins, les plans, participer aux réunions avec les architectes et les autres corps d'état. Un budget m'était attribué et je ne devais pas le dépasser ». En deux ans, il termine l'agencement de deux immeubles à Paris et la rénovation de deux églises bourguignonnes à Montbard et à Oisilly.

François Journé travaille seul. Son épouse, Marie-France, directrice du canal d'irrigation de la ville de Beaucaire, après son travail, lui apporte son aide en prenant en charge les tâches administratives. 

Ce travail de création ne lui interdit pas de répondre à des commandes précises. L'atelier FJ Bois Création, son entreprise, est situé dans un coin de hangar. C'est là qu'il imagine, conçoit et réalise ses œuvres uniques, à partir du bois de récupération, qu'il propose ensuite au public : « nous voulons tous avoir un intérieur qui nous ressemble. Pour cela nous le réalisons souvent avec des produits achetés en magasins spécialisés. Ils sont soit hors de prix, soit de faible qualité. Par mon travail, je prône la différence, celle de se démarquer de ce que l'on voit partout ».

Une association pour transmettre un savoir.

En 2013, il crée l'association, loi 1901, FJ Bois Création, si le nom est identique à celui de son entreprise, le but est différent : « l'association est tournée vers le grand public. Elle a pour objet de faire découvrir, d'initier à ces métiers du bois, puis de guider les personnes intéressées dans la réalisation de mobilier ou d'objets de décoration en bois massif. Les éléments de base sont souvent au grenier, à la cave. Je les aide à leur redonner une nouvelle vie ».

Cette autre facette de son savoir-faire il la présente régulièrement au public. C'est le cas pour Gérard, rencontré sur le marché artisanal nocturne "Les beaux quais du vendredi", le long du port de plaisance de Beaucaire. Ce soir là, François réalise des moulures avec un rabot du XIXème siècle : « le XIXème siècle est loin, mais je me retrouve un peu dans mon enfance où l'on utilisait ces outils. Je me rends compte qu'il est encore possible de nos jours d'utiliser des outils oubliés et des techniques oubliées, elles aussi. Bien souvent, tout cela est jalousement gardé au point de disparaître avec le temps. Ce monsieur en parle et explique. Ça donne un goût de reviens-y. Pour moi le véritable artisanat est là, dans le respect des traditions ».

Si l'association a pour but, de créer une dynamique afin de défendre le savoir-faire et la création, elle démontre aussi qu'il est possible de valoriser un morceau de bois, une planche, de revaloriser un meuble, avec le plaisir et la satisfaction d'avoir une œuvre originale qui n'est plus l'objet qu'il faudra penser à se débarrasser un jour, mais bien ce souvenir qui sera transmis dans la famille à travers les générations.

L'association fonctionne selon le principe gagnant-gagnant. Les chutes de bois représentent près de 30% de perte dans une entreprise soumise à la production de masse. Inutilisées, elles encombrent et de plus : « pour s'en débarrasser, l'entreprise doit les apporter en déchetterie ou les faire trier et référencer par salarié, pour un éventuel usage ultérieur. Tout cela représente un coût non négligeable pour l'entreprise. En offrant ce bois devenu un déchet de production, elle réduit ses coûts d'élimination et permet à l'association de poursuivre son développement, dans la formation à des métiers de la filière bois. Pour l'association, c'est aussi bénéfique car la trésorerie associative est toujours fragile. Ainsi tout le monde est gagnant, sans qu'il y ait une concurrence d'activité entre les deux partenaires ».

L'artisanat de qualité en danger.

Il est toujours aisé de louer le travail artisanal par la qualité des œuvres réalisées. Mais si elles ne circulent pas, qu'elles restent dans l'atelier de l'artisan, elles ne vivent pas. François comme d'autres est bien placé pour en parler : « j'ai choisi cette activité avec ses contraintes. La montre est un outil qui n'existe pas. Seul compte pour résultat, le bonheur d'une création faite avec passion, ce qui caractérise les Artistes que nous sommes. Les pièces que nous réalisons en dehors des commandes, sont là pour nous faire vivre, et faire vivre cet amour que nous avons pour la transformation de la matière. C'est un travail qui peut si on en prend soins traverser le temps. Lequel d'entre nous n'a pas admiré un meuble, une sculpture, qui, deux ou trois siècles plus tard orne encore l'intérieur d'une habitation et ébloui nos yeux, de l'âme de l'artiste. Il y a une lumière qui brille en nous et autour de nous ! Elle ne doit pas s'éteindre si nous voulons, à notre tour, laisser un souvenir à nos enfants et aux enfants de nos enfants ».

Sans un carnet de commandes correctement garni le nombre d'artisans diminuera : « le nombre ne cesse de diminuer. Beaucoup de familles ont eu, un parent ou un aïeul, artisan. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un souvenir oublié dans les mémoires. Le véritable Artisan se meurt lentement. Des artisans âgés de 80 ans ne trouvent pas de successeurs et l'activité disparaît ». Le produit artisanal de qualité ne se trouvera plus. Ne subsistera que celui fabriqué par les industriels des meubles et des menuiseries sans âme.

Les jeunes générations ne pourrons plus affirmer qu'une chaise ou qu'une pièce de céramique a bien été fabriquée dans la tradition artisanale. Ce sera impossible au regard des cadences de production qui sont imposées aux salariés. Un artisanat qui devient impersonnel, ne peut être reconnu comme un véritable artisanat, un véritable métier d'Art comparativement à l'artisan qui va travailler sous le regard de tous, signant de son tour de main, un objet unique.

A une époque où nous parlons de protection des espèces, de développement durable, il ne faut pas oublier que l'Homme est une espèce à protéger, que l'artisanat est un élément de développement durable notamment dans cette forme de création d'œuvres par la valorisation du bois, proposée par François Journé.

La survivance de l'artisanat, c'est une main tendue vers l'autre. C'est une chaîne sans fin où chaque maillon représente une part de notre histoire et de notre patrimoine culturel.

« Objets inanimés vous avez une âme qui s'attache à notre âme. Nous devons nous donner la force de vous aimer et d'aimer celui ou celle qui vous redonne la vie ».

Site: FJ Bois Création

60 route de Saint-Gilles - 30300 Beaucaire - Tél.: 06 25 48 38 93

Galerie photos en bas page.

Entretien recueilli par Christian Pujol - Photos © FJ Bois Création (28.08.2013)

Informations supplémentaires

  • Latitude: 43.807398
  • Longitude: 4.644452
  • Adresse: Beaucaire, Languedoc Roussillon, France
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